Les enfants de Saint-Félix-d’Otis signent une fresque de lumière sur leur église
Le vendredi 9 octobre, la façade sud de l’église de Saint-Félix-d’Otis deviendra, le temps d’une soirée, une immense toile numérique. À 18 h 45, une fresque créée à partir des dessins des élèves de l’école Saint-Félix y sera projetée en musique. L’activité est gratuite et ouverte à toute la population.
Cette œuvre collective est l’aboutissement d’une démarche de médiation culturelle et de création numérique menée au cours des derniers mois avec les élèves. Au cœur du projet : leur regard sur Saint-Félix-d’Otis, leur sentiment d’appartenance et leur façon bien à eux de représenter le territoire qu’ils habitent.
C’est lors d’un séjour professionnel en France avec École en réseau que Pascale Tremblay, enseignante à l’école primaire de Saint-Félix et idéatrice du projet, a découvert une initiative inspirante réalisée avec les élèves de Salers. À la tombée du jour, plusieurs de leurs œuvres étaient projetées sur les bâtiments de la commune, transformant le village en une véritable galerie d’art à ciel ouvert.
Inspirée par cette expérience, elle a imaginé un projet semblable pour les élèves de son école. Très attachés à leur village, ceux-ci évoluent dans une communauté où les liens entre l’école et le milieu sont particulièrement importants.
Voir Saint-Félix à travers les yeux des enfants
Pour concrétiser l’idée, la Municipalité a fait appel à l’artiste numérique et musicien Éric Bernard, alias erktrnk, qui a mené la démarche de bout en bout. Pour amener les jeunes à s’exprimer, il est parti de deux questions volontairement simples : « Par ma fenêtre, qu’est-ce que je vois? » et « Dans mon village, qu’est-ce que je vois? »
Avant de prendre le crayon, les élèves ont été initiés à l’art numérique et à la médiation culturelle. Ils ont ensuite traduit leurs réponses en images lors d’un atelier de création, où ils ont expérimenté différents médiums de dessin et de peinture, accompagnés notamment d’Alice Vyboh, étudiante en enseignement des arts à l’UQAC. Éric Bernard est ensuite retourné en classe pour échanger avec eux sur leurs créations et leur montrer comment elles allaient devenir une œuvre numérique de grande dimension.
Ce passage du papier à la lumière s’appuie sur une expertise bien ancrée. Installé au Saguenay après plusieurs années sur la scène artistique montréalaise, Éric Bernard développe une pratique à la croisée de la musique électronique, de l’image et de la technologie.
Quand l’art numérique rencontre la communauté
La réalisation du projet s’est également appuyée sur la collaboration d’Ubchihica, centre de recherche et de création en art numérique, qui a notamment assuré la coordination entre la Municipalité et l’artiste. Cofondé et présidé par Paolo Almario, Ubchihica favorise la rencontre entre création artistique, recherche et technologies numériques, tout en contribuant au développement de projets ancrés dans les milieux où ils prennent forme.
Cette expertise rayonne d’ailleurs bien au-delà de la région : en juillet dernier, Paolo Almario a remporté le Grand Prix du State of the ART(ist), en Autriche.
Pour lui, le projet illustre bien ce que l’art numérique peut apporter à une communauté. « Chez Ubchihica, on croit que l’art numérique peut rendre visible la façon dont une communauté habite son territoire. Ce projet en est un bel exemple : ce sont les enfants qui ont fourni la matière, et l’église qui devient l’écran », affirme-t-il.
Du côté de la Municipalité, c’est d’abord la parole des jeunes que l’on retient. « Ce qui nous touche le plus, c’est de voir comment les jeunes ont regardé leur village. Leurs dessins parlent de la fenêtre de leur chambre, du lac, de l’école, de ce qui compte pour eux. Voir ça prendre vie sur l’église, devant toute la communauté, c’est une façon forte de leur dire que leur regard a de la valeur », explique Iris Paquette-Perreault, chargée de projet à la Municipalité de Saint-Félix-d’Otis.
Une soirée de dévoilement ouverte à tous
Ce regard, les jeunes pourront le partager avec toute la communauté. La population est invitée à se rassembler dès 18 h aux abords de l’église. Vers 18 h 15, l’animation débutera avec une présentation de la démarche, des interventions des jeunes et des artistes, ainsi qu’un retour sur les étapes qui ont mené à la fresque.
À 18 h 45, place à la lumière : la fresque sera dévoilée sur la façade sud. La projection, accompagnée de musique, durera de 15 à 20 minutes et sera suivie d’une période d’échange informelle.
Une église qui devient espace de création
Le choix du lieu n’est pas anodin. Bâtiment emblématique du cœur du village, l’église devient ici bien plus qu’un élément du patrimoine local : un espace de création contemporaine qui donne directement la parole aux jeunes.
Cette soirée donnera d’ailleurs le coup d’envoi d’une fin de semaine animée à Saint-Félix-d’Otis, puisque le Symposium de Saint-Félix-d’Otis se tiendra les 9, 10 et 11 octobre, dans le cadre du Festival des couleurs du Fjord.
Plus largement, l’activité s’inscrit dans la démarche Lumière sur l’église de Saint-Félix, qui vise à faire découvrir le bâtiment autrement et à préparer la population aux prochaines étapes de son avenir. Cette séquence culminera le 30 octobre avec le lancement du projet de reconversion de l’église en un centre multifonctionnel. La vision du projet, les étapes à venir, les travaux envisagés et la campagne de financement y seront alors présentés à la population et aux partenaires.
Entre création jeunesse, patrimoine et nouveaux usages, l’automne 2026 permettra ainsi de voir l’église de Saint-Félix sous un jour nouveau, au sens propre comme au figuré.
Ce projet est rendu possible grâce au soutien financier de la Municipalité de Saint-Félix-d’Otis et de la MRC du Fjord-du-Saguenay.

